Richard Mudariki – The Face Mask Maker, 2020. Huile sur toile – 60 x 70 cm. Crédits : Galerie Polaris, Paris.


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Richard Mudariki

Mudariki, qui a commencé sa pratique à Harare il y a environ 18 ans, était l’élève de nombreux artistes zimbabwéens établis qui l’ont formé dès l’âge de 14 ans. Malgré́ son déménagement au Cap, en Afrique du Sud, en 2008, où il vit et travaille, Mudariki demeure à l’avant-garde des arts visuels du Zimbabwe.

Les peintures de Mudariki parlent non seulement de la politique et des enjeux mondiaux, mais aussi de son histoire personnelle, et de sa propre pratique artistique, en cristallisant ses propres motivations et intentions. Tout en continuant à définir sa propre pratique, Mudariki reste conscient de sa position en tant qu’artiste du continent africain adjacent au modèle de l’histoire occidentale de la peinture. Référençant quelques peintures classiques de l’histoire de l’art occidental, Mudariki s’engage dans un acte complexe de parodie, de critique et d’autoréflexion. Il y poursuit une discussion en constante évolution sur la façon dont un artiste doit s’engager, tant sur le plan personnel que professionnel, avec un canon qui a historiquement exclu et étouffé́ une partie de l’art contemporain africain.

Parmi les tableaux de l’exposition de 2019, View from the artist’s studio, dans lequel l’artiste assume le rôle d’un témoin de son temps, représente, comme son titre l’indique, l’atelier de l’artiste, avec une fenêtre qui encadre un groupe de manifestants qui semblent venir de France, d’Amérique ou du Royaume-Uni. Une palette immaculée et une toile retournée dans l’atelier nous incitent à nous poser des questions : l’artiste ouvre-t-il son atelier au monde ou bien est-ce le monde qui lui suggère une nouvelle référence pour un nouveau tableau ? Peinture à l’intérieur du tableau, la fenêtre devient une mise en abyme de l’œuvre de l’artiste. Comme Jan Van Eyck dans Les Epoux Arnolfini, la pièce devient un reflet du monde et un portrait du statut de l’artiste.

Dans un autre tableau, Bira reClimate Change, un cérémonial traditionnel shona pour la pluie se déroule sur scène devant un public. Les musiciens vêtus de blanc jouent d’un instrument traditionnel zimbabwéen, le mbira (un lamellophone) et une figure d’ange-esprit, aux ailes déployées, semble mener l’orchestre. Sur le fond vert luxuriant, des chanteurs et une main agitant un drapeau zimbabwéen émergent. Le premier plan montre un globe terrestre, avec un thermomètre qui indique que la température augmente.

Lors de sa dernière exposition à la Galerie Polaris à Paris, comme un metteur en scène, peignant tous ses personnages pour les faire « jouer » dans son drame pictural, Mudariki nous a permis d’appréhender la situation politique de ce monde, sans jamais nous diriger vers le prochain acte. Il reviendra au cours d’un échange en visio-conférence sur les enjeux politiques de son œuvre.